Martinique : l’héritage de la canne à sucre et de l’esclavage

Allez on continue (enfin !) avec le récit de mes vacances à la Martinique !

Le dimanche, nous sommes allés à la plage du Diamant le matin avant d’aller visiter la Savane des esclaves ainsi que la Maison de la canne l’après-midi.

La ville du Diamant s’appelle ainsi à la suite du nom du gros rocher que l’on voit dans la baie. C’est un spot de plongée très réputé. Évidemment, je n’ai pu vérifier ce point ^^

J’ai d’ailleurs rapidement parlé de mon problème de poissons avec un monsieur sur la plage de l’Anse Noire. Le pauvre avait l’air désolé pour moi que je ne puisse pas plonger et me faire ainsi une expérience « complète » de la Martinique… :)

Nous nous sommes contentés de nous baigner et de marcher sur cette gigantesque plage avec pas mal de vent et de vagues. D’après le Routard il y a même régulièrement des accidents :/

Comme vous pouvez le voir, ici encore, la plage est très longue mais il y a assez peu de recul avec du sable sec pour poser sa serviette :)
(en même temps, il fait tellement chaud qu’on passe son temps dans l’eau et quand on ressort on reste 5 minutes à cuire avant d’y retourner !)


J’aime bien cette photo :)

A midi nous sommes allés manger au Ti’Paris dont la terrasse avait vue sur la mer. Vincent a mangé un bœuf bourguignon. Normal.

Puis nous nous sommes dirigé vers la ville des Trois Ilets afin de visiter la Savane des esclaves.
Il s’agit d’un village de Neg’Marrons entièrement reconstitué par Gilbert Larose. Les Neg’Marrons étaient les esclaves qui s’enfuyaient des plantations et devaient se débrouiller pour vivre à l’écart en autarcie.
Il a reconstitué les cases mais aussi replanté les arbres et plantes dont ils se servaient.

La visite commence par quelques explications sur l’origine des esclaves et sur le marronnage : la fuite des esclaves hors des propriétés de leur maître.


Petit lézard égaré.

En fait ce petit lézard est sur une des statues de la « case musée » qui montre différents moments de la vie des esclaves. On y a notamment vu une statue quelque peu « étonnante » d’un monsieur qui tient son sexe dans sa main et qui paraît prêt à bondir sur cette pauvre madame toute nue.
Le sort des enfants métis (esclaves ou libres) était notamment régit par le Code Noir qui déterminait le statut civil et pénal des esclaves.

On y voit aussi les châtiments en cas de marronnage. S’ils étaient rattrapés les esclaves subissaient les châtiments suivants : la première fois on les marquait au fer rouge d’une fleur de Lys, symbole de la royauté. La deuxième fois, on leur coupait un bout de la jambe afin que l’envie leur passe de nouveau (sans pour autant qu’ils ne s’arrêtent de travailler) et la troisième fois ils étaient condamnés à mort…

(j’ai finalement assez peu de photos de la Savane des esclaves mais j’étais occupée à écouter la guide :))

Pendant 1h30 nous avons écouté la guide nous raconter les conditions de vie de ces personnes, comment ils ont exploité ce qu’il y avait dans la nature pour survivre : le bois de bakoua pour construire leurs cases, les feuilles de canne à sucre pour faire les toits, les plantes médicinales, les fruits et légumes pays…


Ceci est un arbre très très vieux et rare dont j’ai évidemment oublié le nom.

En tous cas, c’était une visite très intéressante avec une guide qui a vraiment su nous replonger dans la vie d’une époque pas si lointaine que ça…

C’est bête à dire mais vu de la métropole, on connaît l’histoire des Antilles, du commerce des esclaves, etc.
Personnellement, je ne m’y étais pas plus intéressée que ce que j’avais appris à l’école et force a été de constater en arrivant en Martinique que l’héritage de l’esclavage est bien présent.

Alors pas au quotidien évidemment, mais déjà, quand on y réfléchit bien, 95 % de la population descend de l’esclavage qui n’a été complètement aboli qu’en 1848. A peine plus d’un siècle !!

Bien que l’île fut découverte en 1502 par Christophe Colomb, elle était à l’époque habitée par les indiens Caraïbes, ce n’est qu’en 1635 que commence la colonisation par les Européens avec à leur tête Belain d’Esnambuc qui installe ainsi la première colonie dans l’île, pour le compte de la couronne de France et de la  Compagnie des îles d’Amérique.

Au début ce petit monde se répartit les terres, ainsi les Caraïbes avaient un territoire réservé. En 1658 éclate une guerre contre eux qui les massacrera.

Carte de l’époque où l’on voit en jaune la « Demeure des Sauvages »

Les colons installent ensuite la culture de la canne à sucre qui viendra prendre le pas sur celle du tabac et de l’indigo. Cette culture extensive va venir bouleverser l’image de l’île et de ses habitants et dominera l’économie du pays jusqu’à la moitié du 20ème siècle.

Il faut donc une main d’œuvre conséquente qui ne peut être uniquement trouvée en Métropole. Ainsi commencera le commerce des esclaves avec l’Afrique.
(si vous êtes intéressés, je vous invite à consulter ce site sur l’histoire de l’esclavage en Martinique)

Une population d’engagés vient aussi peupler l’île. Il s’agit majoritairement de Bretons et Normands qui s’engagent pour 3 ans avec un planteur pour aller  travailler dans la colonie. Une fois leur contrat terminé, s’ils survivaient, il se voyaient allouer une terre pour devenir planteur à son tour. De ces premiers colons descendent ceux que l’on appelle les békés.

Nous nous sommes ensuite rendus à la Maison de la canne. Il aurait d’ailleurs sûrement été plus judicieux de faire cette visite avant la Savane des esclaves.

Dans ce musée, nous avons vu l’importance de la canne à sucre en Martinique depuis ses débuts au 17ème siècle jusqu’à nos jours. Nous avons notamment vu l’organisation des habitations (dont je vous reparlerai dans un prochain billet car nous en avons visité deux sur l’île) ainsi que le procédé de fabrication du sucre et du rhum.
Nous avons également appris que le Père Labat, important personnage en Martinique, est à l’origine de la méthode traditionnelle de fabrication du sucre.


Canne à sucre sur la plantation de l’Habitation Clément

Aujourd’hui la canne à sucre de Martinique  sert principalement à produire du rhum agricole AOC, le rhum de la Martinique étant le seul des Antilles à avoir obtenu cette appellation. Seule une usine sert encore à produire du sucre sur l’île, l’usine du Galion à La Trinité.

La production de canne à sucre s’est pratiquement arrêtée car le sucre provenant de la betterave, cultivé en métropole s’est avéré nettement moins cher au 19ème siècle, notamment à cause de l’abolition de l’esclavage qui a rendu le sucre de canne plus cher à produire.


© Zananas

On voit donc à quel point la canne à sucre et l’esclavage ont profondément forgé l’identité de la Martinique aujourd’hui…

J’espère ne pas vous avoir trop assommés avec ce billet. Pour ma part, étant férue d’histoire, j’ai adoré creuser tout le pan historique de la Martinique. C’est aussi cela qui rend la destination Martinique si riche, il y a les plages d’accord, mais elles seules ne suffisent pas à comprendre le pays (si tant est qu’on ait envie de le découvrir et de le comprendre). Je pense aussi que le fait que cette histoire ne soit pas trop ancienne la rend d’autant plus vivace et fait que l’on arrive très facilement à se projeter.

La suite au prochain épisode ! :)

Et en attendant, si vous voulez voir plus de photos de la Martinique c’est par là !

PS : j’ai commencé à écrire ce billet à 14h et je l’ai fini à 17h, pfiouu !!

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